• Qu'est-ce que traduire ?La semaine dernière, l'émission radio quotidienne Les Nouveaux chemins de la connaissance de France Culture consacrait quatre émissions de 50 minutes au thème de la traduction. J'ai pu en écouter trois sur quatre. Vraiment passionnant ! Il me serait très difficile de transposer l'échange entre l'intervieweuse et les interviewés mais j'essaierai de résumer ici quelques-unes des principales idées exprimées ne serait-ce que par quelques phrases, d'autant que les questions étaient aussi pertinentes et intéressantes que les réponses fascinantes. Ce fut l'occasion de faire connaissance avec trois pointures de la traductologie dont les noms et les oeuvres seront référencés à la fin de chaque résumé.

    La philosophe Adèle Van Reeth a interviewé le lundi 17 mars le philosophe Marc de Launay autour de son livre " Qu'est-ce que traduire ? ", le mardi 18 la philosophe et psychanalyste Anne Dufourmantelle sur ce que disent nos rêves, le mercredi 19 le traducteur, philosophe et traductologue René Ladmiral et le jeudi 20 la philologue et philosophe Barbara Cassin avec qui la question des concepts intraduisibles a été abordée. 

    J'ai essayé de tout faire dans une seule publication, mais ayant pris le parti de faire des textes courts, j'ai finalement décidé de faire une publication par auteur. Mais avant, j'aimerais reproduire une partie de l'introduction faite par Adèle Van Reeth qui, en soit, mérite notre attention : "La traduction donne à l'homme ses meilleures leçons d'humilité : pour être précise et fidèle, elle n'est jamais parfaite. Car entre le sens et l'intention, entre ce que le texte exprime et ce que l'auteur veut dire, il faut choisir, et ce choix n'engage rien de moins qu'une conception du sens comme événement. De deux choses l'une: ou bien la multiplicité des langues ne sont que les diverses manifestations d'un sens originaire et universel, qui, pour être le ciment de l'humanité, n'appartient à personne, ou bien elles sont le signe que le sens échappe toujours en partie au langage, auquel cas l'écriture serait une tentative jamais close de ressaisir ce reste, cet au-dehors du langage sans lequel l'art n'aurait plus lieu d'être".

    Voici donc les grandes lignes de quelques idées exprimées dans l'échange entre Adèle Van Reeth et Marc de Launay du lundi 17 mars. 

    Pour Marc de Launay, le traducteur reconstruit le sens. Il y a une distance entre l'intention de l'auteur et ce qu'exprime le texte. Les intentions peuvent ne pas correspondre à la réception du livre ni les effets des traductions dans des situations culturelles et des états de langue qui ne sont pas comparables. La traduction, au delà de faire passer un texte d'une langue à une autre, prépare le texte à sa réception dans une autre culture. 

    Cet auteur distingue trois processus dans la traduction: l'interprétation, qui met en jeu une conception du langage et de la production du sens à l'intérieur ou à l'extérieur du texte; la différenciation de chaque langue parmi toutes les langues, la traduction contribuant à l'inévitable dispersion et differenciation des langues; la symbolisation, ou resymbolisation puisque la traduction est faite par un individu situé historiquement qui réécrit avec ses moyens limités, historiquement défini, un autre texte ayant recours au même processus de symbolisation que l'auteur.  

    Evidemment, ce que j'ai retranscrit ci-dessus n'est qu'une toute petite partie d'une conversation riche et dynamique, une partie partielle puisque ce sont les morceaux que j'ai choisis parmi d'autres. Malgré le manque de linéarité, j'espère avoir réussi à éveiller l'envie d'en écouter l'intégralité, le lien de l'émission se trouve ci-dessous ainsi que les références bibliographiques. 

    Quant à moi, je vous dis à très bientôt pour la suite des interviews. 

    Les Nouveaux chemins de la connaissance - Qu'est-ce que traduire ?

    Références bibliographiques :

    Marc de Launay, Qu'est-ce que traduire ?, Vrin, 2006.

    Christian Berner et Tatiana Milliaressi, La traduction : philosophie et tradition, Presses Universitaires du Septentrion, 2001.

    Paul Ricoeur, Sur la traduction, Bayard, 2004.

     

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  • Stages de formation professionnelle  

    L'année dernière à cette même époque je vous avais transmis quelques informations sur les stages-retraite de formation professionnelle à la traduction littéraire. Je viens de recevoir l'annonce pour les formations de cette année 2014. Les voici : 

    Durant les vacances de Pâques, du samedi 5 avril au lundi 21 avril inclus, le Centre Européen de Traducteurs Littéraires (CETL) organisera différents types de stages au Collège des traducteurs littéraires de Seneffe, dans le Château de Seneffe, en Belgique. 

    Ces stages sont divisés en trois formules qui concernent différents « métiers » de la traduction : le surtitrage (ne pas confondre avec le sous-titrage), l’édition de texte et l’écriture créative pour traducteur littéraire. Ils s’adressent à un public large qui souhaiterait élargir son domaine de compétence par un stage de formation professionnelle. 

    Le stage de surtitrage sera animé par Michel Bataillon et Pierre-Yves Diez. Ce sont 5 journées de travaux, du mardi 15 au samedi 19. Le coût du séjour-formation-repas est de 600 euros tout compris.  

    Le stage d'édition de textes sera animé par Denise Laroutis. Ce sont 3 journées de travaux entre le 5 et le 12 avril dont les dates précises seront données postérieurement. Le coût du séjour-formation-repas est de 400 euros tout compris.  

    Le stage d’écriture créative pour traducteurs littéraires sera animé par Michel Volkovitch. Ce sont deux journées et demie de travaux, dates à fixer entre le 5 et le 12 avril.  Le coût du séjour-formation-repas est de 300 euros tout compris. 

    D'après Françoise Wuilmart, directrice du CETL et du CTLS, "on manque de bons surtitreurs (pour le théâtre et l'opéra), c'est un métier en expansion, le stage de Seneffe a chaque fois débouché sur de sérieux acquis et permit aux candidats d'exercer très vite leurs nouvelles compétences" 

    Les personnées intéressées doivent s'adresser à Françoise Wuilmart à l'adresse électronique suivante : ctls@skynet.be   

    Ou visiter le site du  Centre Européen de Traduction Littéraire.

     

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  • Première Université d'été en traductologie

    Je viens de recevoir une annonce qui, je crois, intéressera certains d'entre vous, que voici: 

    La Société d'Etudes des Pratiques et Théories en Traduction - SEPTET organise pour l'année 2015 sa première Université d'été internationale en traductologie, du 19 au 25 juillet. Elle aura lieu à l'Abbaye de Valloires, à Argoules, en France. 

    D'après les informations transmises, il y aura une formation intensive en histoire, en théories, en méthodologies de la traduction en forme de conférences, d'ateliers et de débats. Un site est en cours de construction, le programme détaillé sera disponible en mai 2014. 

    Cette Université d'été concernera un public d'étudiants de doctorat, de master, de licence ainsi que de traducteurs professionnels et chercheurs en traductologie. Les langues travaillées seront le français et l'anglais. 

    Le comité organisateur est composé de Florence Lautel-Ribstein, Présidente de la SEPTET, directrice du programme et de Viviana Agostini Ouafi de l'Université de Caen, la co-directrice.

    Les personnes intéressées sont invités à faire leur pré-inscription auprès de Florence Lautel-Ribstein, à l'adresse suivante: florence.lautel@univ-artois.fr

     

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  • Grandeur et misère des traducteursGrandeur et misère des traducteurs est le titre d'un article paru dans le Nouvel Observateur de la semaine dernière consacré au métier de traducteur. Même s'il n'y a aucun scoop - pour utiliser un terme journalistique, il a le mérité de s'intéresser à notre métier si souvent oublié, voire même négligé et dont l'importance ne cesse de s'accroître. J'ai appris des petites choses intéressantes qui aident à mettre notre solitaire profession en perspective, que je partage ici avec vous:

    D'après l'article de Jacques Drillon, huit traducteurs sur dix sont des femmes; les traducteurs techniques sont souvent des employés qui travaillent en CDI pour des entreprises ou des agences spécialisées avec une rémunération qui va de 16.000 à 90.000 euros bruts par an, certains nécessitent arrondir leurs fins de mois par des traductions supplémentaires; les traducteurs de livres sont indépendants et doivent publier six ou sept livres par an pour vivre correctement; pour comparaison, en Allemagne un traducteur de livres doit publier trois ou quatre fois plus pour vivre de leur métier; chaque année 150 professionnels arrivent sur le marché, dont 80 traduisant de l'anglais. 

    Il continue en disant que dans ce métier "la règle est rare, c'est la négociation qui est la règle". Et que la rémunération moyenne des traducteurs a connue une baisse de 15 à 30% les 15 dernières années malgré la revalorisation calculée par certains éditeurs d'environ 10%. Cette baisse est due au mode de calcul bousculé par l'arrivée des ordinateurs comme outil de travail. Lorsqu'on tapait à la machine, la base de calcul était un feuillet de 25 lignes et 60 signes, l'éditeur comptait combien de feuillets comportait le manuscrit pour payer son traducteur sur cette base. Avec le traitement de texte et la possibilité de compter les signes, les éditeurs ont éliminé les blancs, c'est à dire "ils comptaient les signes seuls, pas les espaces entre les mots". D'où une baisse considérable. 

    En lisant ce texte j'ai fait une triste découverte que je n'ai heureusement jamais vécu: certains traducteurs reçoivent leur chèque seulement à la parution du livre et non à la remise du texte ! J'insiste sur le point d'exclamation car cette pratique me paraît abusive. Lorsque je pense à ce livre que j'ai traduit il y a maintenant plus d'un an et qui paraîtra - peut-être - cette année, l'éditeur n'ayant pas la date exacte, j'aurais beaucoup du mal à gérer mon anxiété.

    A titre très personnel, j'ai bien aimé apprendre que le traducteur professionnel travaille toute la journée et que le traducteur occasionnel se limite à "faire ses pages" toujours à la même heure quoi qu'il arrive, ce qui engendre une différence dans la "productivité" de chacun, certains traduisant 1000-1500 mots à l'heure d'autres piétinant à 200-400. Cela me donne un sympathique repère.

    J'étais surprise, par contre, de lire que certaines traductions ne sont pas relues par un correcteur. Il me paraît que, malgré toute la rigueur que l'on puisse avoir à réaliser un travail, il serait quasiment impossible ne pas laisser passer une petite faute par-ci par-là, surtout lorsque l'on traduit deux langues latines et leurs nombreux "faux amis". Le journaliste parle alors du cas de la publication de "Millénium" qui comportait des centaines de grosses fautes de français. Je n'étais pas au courant du cas Millénium, et vous ?

    Enfin le journaliste termine en disant que le traducteur est un auteur, que son nom doit apparaître sur la couverture ou au moins quelque part dans le livre et qu'il détient un droit moral inaliénable sur son travail. Tiens, certaines maisons d'éditions devraient bien lire ça.

    Pour les intéressés, ce numéro du Nouvel Observateur reste en kioske jusqu'à demain, lorsque le nouveau numéro paraît. Je sais que la plupart des informations transmises ici sont connues de la plupart d'entre vous, il n'empêche j'étais contente de trouver un article sur notre profession si méconnue et si rarement partagée, du coup je me suis sentie un peu moins seule...

    Sources : "La Condition du traducteur", de Pierre Assouline (CNL, 211) e une enquête commandée en 2010 par le Syndicat national des Traducteurs professionnels. 

     

     

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  • La singulière langue PirahãIl y a quelques semaines j'ai regardé, sur ARTE, un documentaire fascinant. Il contenait tellement d'informations que j'ai éprouvé une certaine difficulté à choisir par quel angle l'aborder.

    Il parlait des particularités de la langue pirahã, parlée par les Pirahãs, un groupe ethnique qui vit sur les rives de la Rivière Maici, en Amazonie brésilienne. Ils n'ont aucun ou très peu de contact avec d'autres groupes ethniques, encore mois avec les membres de la société nationale qu'ils craignent. Le documentaire commençait en racontant l'expérience du professeur Daniel Everett de l'Université de Berkeley, Californie, qui a vécu dix ans avec les Pirahã dans les années 1970. Pendant ces années-là, il a fait une découverte révolutionnaire car elle met en cause la théorie du système unique du langage construite par le grand linguiste Noam Chomsky dans les années 1950, jusqu'alors jamais remise en question. Je vais essayer de résumer, ici, les principales particularités de la langue pirahã qui ont conduit à cette immense polémique:

    La langue pirahã est parlée seulement par les 300 Pirahãs qui composent, à ce jour, cette ethnie; les Pirahãs ne parlent que cette langue; elle peut être parlée, chantée, sifflée ou murmurée; un seul mot possède plusieurs significations différentes, c'est le ton avec lequel le mot est prononcé qui distingue le sens attribué; elle n'a pas de chiffres ou aucun système de calcul; elle n'a pas de vocabulaire pour les couleurs cependant elle a un mot pour chaque espèce végétale ou animale de la forêt environnante, qui permet de décrire avec détail les propriétés de chaque plante et le mode de vie du plus petit insecte ou être vivant; elle n'a pas de conjonctions; un même mot désigne le père et la mère, les pirahãs ont un système de parenté extrêmement simple, il n'y a pas de vocabulaire pour designer les relations qui vont au-délà des parents et des frères et soeurs. Et donc l'aspect le plus controversé qui a mené à la théorie qui a engendré la polémique consiste dans la constatation que la langue pirahã n'a ni passé ni futur, elle est conjugué seulement au présent.

    Selon l'interprétation de ce chercheur, les Pirahãs vivent absolument dans le présent, ils concentrent leur esprit et leur pensée sur leurs besoins immédiats sans regrets sur le passé ou des angoisses sur leur avenir. Par conséquent, cette langue serait non-récursive. C'est l'impossibilité de la récursivité d'une langue qui contrarie la théorie centrale de Noam Chomsky totalement fondée sur l'idée de la grammaire universelle. Pour ce linguiste, la capacité linguistique de la grammaire serait inscrite dans le génome humain. Elle serait la composante scientifique du langage. Et cette faculté du langage humain se résumerait, à son tour, dans l'universalité de la récursivité.

    Lorsque Everett affirme que la langue des Piranhãs ne présente pas la possibilité récursive, l'on admet, alors, que le langage n'est pas nécessairement récursif. Ce serait la culture, en total symbiose avec la nature e dominée par le sentiment de bonheur qui construit et modèle la langue pirahã. Ce qui conduit à la constatation que la culture jouerait un rôle central non seulement sur la construction des mots mais aussi sur la grammaire d'une langue. Cette affirmation viendrait à l'encontre de l'idée d'universalité de la grammaire telle qu'elle avait été jusqu'alors conçue, et qui constitue le principal pilier de la théorie fondatrice de Chomsky. 

    D'après ce que j'ai pu comprendre dans ce documentaire, cette polémique est encore d'actualité car Everett retrouve beaucoup de difficulté à présenter le résultat de ses recherches dans l'univers académique. Le plus fascinant par dessus tout à mon humble avis ce fut de constater que ses découvertes vont bien au-delà de l'aspect linguistique et de la polémique dans laquelle il se trouve. Elles ont atteint ce chercheur dans le plus profond de son être. Le missionnaire Daniel Everett, étant parti en Amazonie pour évangéliser les Pirahãs a été converti par eux. Le perceptible et contagieux bonheur dominant et omniprésent dans cette communauté a rendu sa mission inutile et obsolète. Car que représente l'idée d'un "monde meilleur" implicite dans les promesses de salut à un peuple qui est heureux ici et maintenant? La surprenante conséquence de cette expérience transformatrice est d'apprendre que ce ex-missionnaire convaincu affirme aujourd'hui être athée. Le sorcier ensorcelé.  

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