• L'itinéraire sinueux d'une fille au pair en FranceLe titre de ce billet est celui d'un petit livre que je viens de publier chez Lulu.

    Née dans la banlieue modeste de Rio de Janeiro l'année du coup d'état militaire, depuis toute petite je rêvais de connaître la France, pays que j'idéalisais pour son humanisme.

    En 1992, sous le gouvernement Collor de Mello et une inflation de 80% par mois, j'ai laissé mon pays et ma famille derrière moi contre l'avis de tous, sans aucun contact sur place et mille dollars dans la poche, pour réaliser ce rêve. CL'itinéraire sinueux d'une fille au pair en France'est cette aventure que je raconte dans ce récit.  

    Vous rentrerez un peu plus dans le détail de ma tumultueuse arrivée en France il y a 23 ans et mes diverses expériences en tant que fille au pair en Europe, vous saurez davantage sur la relation d'amour que j'entretiens avec la langue française depuis ma jeunesse et apprendrez un peu plus sur la vie à Rio dans les années qui ont suivi la chute de notre Rideau de Fer tropical.     

    C'est un livre sans prétention écrit avec beaucoup de sincérité. 

    Commercialisé en Europe à travers le lien : L'itinéraire sinueux d'une fille au pair en France

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  • L'auto-publicationIl y a quelques années, j'avais participé à une discussion enflammée sur l’auto-publication. Le principal argument de ceux qui se plaçaient contre cette forme d'édition me semblait clair : la qualité des textes n'est pas toujours au rendez-vous, ce qui est compréhensible si l'on considère que, dans la plupart des cas, ces textes ne sont pas révisés ou corrigés, étapes indispensables dans la publication d'un livre par une Maison d'Edition. 

    Je ne pourrais pas ne pas être d'accord avec ces arguments qui me semblent, d'ailleurs, incontestables. Ayant auto-publié trois livres, je sais combien la relecture m'aurait été nécessaire : après écrire, lire et relire un texte plusieurs fois, nous laissons passer des fautes parfois criantes qu'un correcteur voit au premier coup d’œil. Que celui qui ne les a jamais commises jette la première pierre. Nous retrouvons, ainsi, dans ce nouveau marché parallèle, des livres mal écrits, mal formatés et dont les thèmes présentent parfois un intérêt relatif ou, disons-le autrement, susceptibles d'intéresser à un nombre restreint de lecteurs. 

    Or, il serait très hypocrite de ma part ne pas admettre que l'idéal d'un écrivain est de voir son travail publié par une Maison d'Edition reconnue, en tout cas c'est le mien. Cependant, le nombre croissant d'auteurs et la pertinence relative des thèmes proposés dépassent souvent les impératifs commerciaux de ces Maisons d'Edition, même si certains textes se révèlent parfois être un vrai petit bijou. L'auto-publication s'impose, donc, comme un excellent moyen de diffusion de travaux qui ne seraient jamais publiés autrement. Et l'auteur devra se préparer à confronter les appréciations et commentaires des lecteurs pas toujours aimables, sans aucun support, car ils seront ses critiques directs, sans filtre.

    Parmi les divers arguments pour l'auto-publication, celui que j'ai considéré le plus séduisant ne se trouvait pas dans la discussion mentionnée ci-dessus, mais dans un article écrit par l'écrivain Paulo Coelho dans un magazine brésilien paru en juin 2012. Il s'intitulait " L'intellectuel est mort, vive l'intellectuel ". Dans son texte, Coelho disait que pour la première fois dans notre histoire, nous avons un accès illimité à un grand nombre de biens culturels, permettant à l'auteur inconnu d'avoir la possibilité " de trouver sa place d'une manière rapide et effective, indépendamment du support des médias traditionnels ". Il plaçait ce fait dans une édifiante perspective historique, et nous rappelait le manque de reconnaissance dont certains auteurs ont souffert de la part de la critique littéraire ou de la presse de son époque, et nous en donnait quelques exemples : le critique littéraire Lord Byron aurait dit à propos de Shakespeare que " son nom est survalorisé et sera bientôt oublié "; le journal Le Figaro affirmait en 1857 que " Flaubert n'est pas un écrivain " ; ou encore le New York Herald Tribune disant que Le Grand Gatsby " ne dépasserait pas une saison littéraire ".

    A la fin de son article, Paulo Coelho invite cette nouvelle génération d'écrivains brésiliens à se servir de ces nouveaux moyens de production et diffusion mis à sa disposition, sans s'inquiéter si son travail plaira nécessairement à ceux qu'il appelle de pseudo-érudits en faisant référence aux critiques littéraires. 

    Il sait de quoi il parle. Cet auteur, qui a toujours été méprisé par les critiques littéraires de son pays, est l'écrivain brésilien le plus traduit et le plus publié dans le monde. Beaucoup de ses livres ont eu un énorme succès commercial dans divers pays, en particulier ici en France. Je crois que Erika Leonard non plus ne se positionnerait jamais contre l'auto-publication, car ce fut ainsi qui a commencé le succès phénoménal de " Cinquante nuances de gris " et ses quarante millions d'exemplaires vendus.   

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  • Traducteurs versus correcteursLe titre de ce post est trompeur : il ne correspond pas à ce que je pense, mais plutôt à ce que j'ai pu constater dans les rapports entre traducteurs et correcteurs récemment, à mes dépens. Je ne sais pas si cette relation a toujours été ambiguë, mais j'ai l'impression que les choses se dégradent.

    Tout d'abord, je ne pourrais pas être contre les correcteurs si je suis moi-même correctrice. Notre travail est certes solitaire, mais je l'envisage malgré tout comme un travail d'équipe, que ce soit lorsque je travaille pour les Maisons d'Edition, mes employeurs préférés, ou pour les agences. Je sais que je serai corrigée et cela me rassure. Ou plutôt, cela me rassurait, car je commence à craindre la compétition et le manque d'objectivité de quelques-uns de mes homologues. 

    Je reconnais les faiblesses humaines, mais la mauvaise foi n'intègre pas la liste de mes défauts. Lorsque je corrige la traduction d'un collègue, je pointe les fautes  - et seulement les fautes, en faisant très attention à ne pas juger ses choix. C'est un exercice de maîtrise de soi. Je connais les risques que j'encoure, mais je ne me permettrais pas de dire qu'une bonne traduction est mauvaise par peur de perdre un travail ou un client, autrement je ne pourrais plus jamais me regarder dans une glace. Il se trouve que j'ai récemment été victime d'une correctrice pas assez... disons... objective lors d'un test pour une agence. 

    Je ne veux pas vanter mes qualités, mais mon expérience est un fait indéniable. Le test était assez facile, constitué de mots plutôt banaux, surtout pour quelqu'un qui a déjà traduit Paul Veyne et Claude Lévi-Strauss, des auteurs complexes. Je l'ai fait avec l'attention que je porte à tous mes travaux, qu'ils soient " savants " ou ordinaires. J'ai été surprise lorsque j'ai reçu le résultat négatif de l'agence, disant que la correctrice avait trouvé beaucoup de fautes et que, par conséquent, une future collaboration ne serait pas envisageable. 

    J'ai évidemment sollicité la correction pour vérifier quelles étaient ces fautes. La correctrice a trouvé bon de remplacer une dizaine de mots par des synonymes qu'elle considérait peut-être davantage appropriés, adaptés, jolis, drôles ou ne je sais pas pour quelle raison. Or, le choix des mots, s'ils reflètent le sens de ce qu'a souhaité dire l'auteur, doit être une prérogative du traducteur. La correctrice a agi sans aucune considération pour les conséquences que subirait le professionnel derrière le texte traduit. Et comme personne dans l'agence ne parlait portugais, le grand nombre de " fautes " commises ont été rédhibitoires. Et me voilà impuissante et en colère. 

    J'avais déjà lu quelques discussions dans les forums de Linkedin à ce propos. J'adore mon métier, mais il me rend triste par les temps qui courent. Je peux supporter le côté compétitif du marché si nous nous battons à armes égales, mais j'ai beaucoup de mal à faire face à la malhonnêteté. 

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  • L'omniprésente publicitéIl y a quelques semaines, en rendant visite à mon blog, j'ai été très surprise de constater la présence de publicité partout. J'avoue que j'étais un peu absente dernièrement : j'adore écrire, mais j'étais un peu abattue par la crise brésilienne qui a rejailli sur moi et la direction que prend le marché de la traduction.

    J'ai alors contacté mes hôtes pour qu'ils m'expliquent les raisons de cette gênante intrusion. Je les aime bien, ils sont toujours à l'écoute et sont très sympathiques. Depuis que mon blog précédent sur la Corée a pris fin du jour au lendemain pour cause de problèmes financiers, j'estime que la relation avec nos hôtes est importante, j'apporte mon soutien à chaque fois qu'ils me le demandent. J'aurai été dévastée de perdre le contenu de ce blog qui représente un certain nombre d'heures d'écriture et de m'éloigner des fidèles lecteurs qui accompagnent depuis déjà cinq ans mes états d'âme, mes joies et mes réflexions sur la traduction et les cultures.

    Cela fait déjà un bon moment que je reçois des propositions de partenariat publicitaire de la part de mes hôtes, que je refusais pour diverses raisons. La première est esthétique. Je voulais garder la classe. Quelques blogs ont tellement de publicité que le contenu disparaît derrière un flot d'images et de slogans. Mais les raisons moins visibles et plus profondes sont plutôt d'ordre philosophique. Je déteste l'évolution des choses, le fait que tout devienne mercantile. Je suis peut-être trop naïve, nostalgique, vieux jeu, mais cette idée me désole. Parfois je me sens un gros porte-monnaie. Je reçois plus de messages électroniques de commerçants que de mes amis. Dans ma boîte aux lettres, je reçois plus de factures et de publicité que des cartes postales. 

    Je constate tristement que beaucoup de gens sont considérés pour ce qu'ils ont et non pas pour ce qu'ils sont. Hélas c'est aussi par ces critères qu'ils voient les autres. Je sais, cette conversation est dépassée, ringarde, datée, démodée. Mais ce sont ces questions-là qui m'interpellent lorsque je me sens harcelée en permanence par la pub omniprésente, ce que je voulais éviter aux lecteurs de ce blog.

    Mais... comme j'ai refusé le partenariat commercial toutes ces années, mes hôtes imposent désormais la pub aux blogs gratuits comme le mien. Je comprends leurs raisons. Mon blog est un hobby, leur travail d’hébergeur est leur gagne-pain. C'est comme ça. Ils m'ont cependant promis de respecter le design et de ne placer que des annonces qui ont trait au thème du blog. Meno male. On verra. Quoique, ce matin, il y avait une réclame pour préservatifs. Même si je suis une ardente défenseure de l'utilisation du préservatif pour lutter contre le sida, les maladies sexuellement transmissibles et les grossesses indésirables, je prie gentiment aux lecteurs de faire la part des choses. 

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  • Claude Lévi-Strauss m'a toujours fascinée. L'homme ou l'ethnologue ? Il m'est impossible de dissocier les deux, surtout pour l'anthropologue que je suis. J'ai toujours affirmé ici ou là que l'anthropologie est beaucoup plus qu'un choix professionnel, elle représente une nouvelle manière de voir le monde, une rupture avec notre propre système de pensée à travers l'instauration de la distance épistémologique, du regard éloigné lévi-straussien. Tout ce que nous entoure devient, en quelque sorte, objet d'observation, car nos actes, nos pensées, nos gestes et comportements sont produits par notre culture et, par conséquent, sujets à analyse. 

    Mon attachement à ce personnage est très fort, je me suis souvent demandé pourquoi. Après tout, le structuralisme n'a jamais vraiment été ma "tasse de thé". J'avoue ne pas avoir lu "Les structures élémentaires de la parenté" jusqu'au bout. "Mon" Lévi-Strauss est celui de Race et histoire, Tristes Tropiques et La pensée sauvage. Je ne mentionnerai même pas Saudades do Brasil car, ici, c'est l'émotion pure qui parle, le coeur d'une brésilienne expatriée depuis plus de vingt ans, à commencer par le titre - en portugais dans sa version française, qui me touche déjà. La réponse à cette excessive admiration m'a été donnée à la lecture du fascinant livre "Lévi-Strauss" d'Emmanuelle Loyer. Je ne l'ai pas encore fini, mais je suis déjà conquise. L'auteure est minutieuse, détailliste, le travail documentaire réalisé est énorme, mais surtout - et cela est mon interprétation personnelle, elle l'a humanisé. Car Lévi-Strauss, icône de l'ethnologie française, a souvent été entouré d'un respect cérémonieux, d'une distance révérencieuse. Emmanuelle Loyer l'a montré en prise avec ses doutes, ses hésitations, ses défauts et ses qualités. Elle le montre gourmand, amateur de voitures, elle parle de ses échecs, en aucun moment je n'ai l'impression qu'elle marche sur des oeufs comme, moi, je l'aurais fait. Le résultat est extraordinaire, à la hauteur du personnage.

    Ce livre et la conférence donnée par Emmanuelle Loyer à laquelle j'ai assisté m'ont aidée à dénouer le mystère de mon excessive admiration pour Lévi-Strauss. J'ai enfin compris ce que j'aime le plus chez lui : c'est l'un des rares à avoir mis en cause l'arrogante suprématie de la culture occidentale - souvent considérée comme un but à atteindre - en la plaçant à un niveau égal à toute autre culture avec légitimité, propriété, une énorme connaissance et, surtout, beaucoup de classe. 

    Lévi-Strauss d'Emmanuelle Loyer, Flammarion, 2015. Prix Femina 2015. 

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