• Olá! Le portugais du Brésil en 10 leçonsPendant douze belles années de ma vie, j’ai enseigné le français et le portugais en France, au Brésil et en Corée du Sud. Cette expérience internationale m’a beaucoup appris sur les différentes manières d’apprendre et, par conséquent, d’enseigner une langue. 

    J'ai alors conçu " Olá! Le portugais du Brésil en 10 leçons " spécifiquement pour les apprenants francophones, chez qui j’ai ressenti le besoin de maîtriser les règles grammaticales de base pour avancer et l’envie d’appréhender les aspects culturels et historiques qui entourent la langue étudiée. 

    Une autre caractéristique observée auprès des élèves francophones est la difficulté de prononciation éprouvée lors de l’apprentissage du portugais, certainement due à la rythmie fixe de la langue française qui s’oppose au rythme ondulant du parler brésilien. Une mauvaise prononciation peut cependant empêcher le locuteur de se faire comprendre, même s’il maîtrise parfaitement la grammaire de la langue et possède un riche vocabulaire. 

    Pour pallier aux difficultés inhérentes aux francophones, la conception de ce livre considère leur manière d’apprendre. La langue française est utilisée comme repère avec un accent particulier sur les différences de prononciation entre les deux langues et en insistant sur la syllabe tonique des mots lors de l’introduction du vocabulaire. C’est l’emphatisation de la syllabe tonique qui donne le ton de l’aspect chantant si caractéristique du portugais brésilien. 

    Ce livre est ponctué de courtes explications historico-culturelles sur certaines particularités de la langue, introduites lorsque le thème s’y prête.

    J'espère que le contenu fera honneur à la belle couverture élaborée par la maison d'édition Ellipses qui m'a accompagnée tout le long de ce projet. 

    Olá! Le portugais du Brésil en 10 leçons

     

    Partager via Gmail Yahoo! Blogmarks

    votre commentaire
  • Quelle est la couleur du traducteur ?Le métier de traducteur a, certes, quelques désavantages notoires comme l'isolement social, une compétitivité accrue et une certaine volatilité des relations professionnelles. Jusqu'à présent, je me suis toujours dit que ces désavantages étaient compensés par un gros avantage : notre apparence physique importe peu. Notre budget vestimentaire est nul, les brushings sont superflus, le maquillage ne me connaît plus, en bref, nous ne sommes pas soumis au dictat du paraître comme ailleurs. Meilleur encore, les crises existentielles liées à l'âge dues à un univers professionnel dans lequel un senior est remplacé par trois novices ne nous atteignent pas de la même façon, au contraire, c'est un métier où l'expérience est recherchée. Mais ça c'était avant. Car le monde prend une tournure très inquiétante. 

    Il y a quelques semaines j'avais publié un billet ici-même intitulé Moi, une blanche dénonçant certaines formes subtiles de racisme antinoir dans lequel je - naïvement, ingénument, candidement, niaisement, bêtement - prônais une société plus juste et égalitaire. Mon antiracisme concerne toutes les formes de racisme et de discrimination. Et celles qui atteignent notre métier me semblent tout aussi incongrues.

    Deux articles dans le journal Le Monde parus il y a quelques jours racontaient comment la traductrice néerlandaise Marieke Lucas Rijneveld a renoncé à traduire le livre The Hill We Climb, d'Amanda Gorman, une jeune poétesse américaine, car elle avait subi beaucoup de pression du fait qu'elle soit... blanche. Ce fait n'est malheureusement pas isolé, une affaire similaire a eu lieu en Espagne, où le traducteur Victor Obiols a été écarté de ce même projet pour les mêmes raisons. L'argument évoqué : en tant que blancs, ils ne pourraient pas se mettre à la place d'une femme noire. 

    La problématique du choix d'un traducteur sur catalogue en noir et blanc se situe au-delà du racisme primaire : il met en cause l'essence même du travail du traducteur et aussi de celui de l'écrivain. Allons nous alors mettre en cause le personnage de Madame Bovary parce que Flaubert était un homme et ne pouvait pas comprendre les sentiments d'une femme ? C'est Victor Obiols lui-même qui en parle le mieux : « Si je ne peux pas traduire une poétesse car elle est une femme, jeune, noire, américaine du XXe siècle, alors je ne peux pas non plus traduire Homère, parce que je ne suis pas un Grec du VIIe siècle avant J.-C. ou je ne pourrais pas avoir traduit Shakespeare, parce que je ne suis pas un Anglais du XVe siècle ».

    Cette drôle de tournure dépasse largement le cadre de notre métier, tout le monde le sait. Mais certains faits semblent plus aberrants que d'autres. D'après un article paru dans L'Obs relayé par Le Figaro et confirmé par l'intéressée elle-même cette semaine sur Europe 1, la présidente de l'Union nationale des étudiants de France, Mélanie Luce, organise des réunions interdites aux blancs. Inacceptable attitude pour un syndicat qui a pour but « de défendre les intérêts matériels et moraux des étudiant·e·s par des missions d’information, de défense et d’organisation de la solidarité [...] dans la lutte contre les discriminations ».

    Alors que la mission Perseverance s'est récemment posée sur la planète Mars, je suis à me demander s'il y a-t-il une vie intelligente sur la planète Terre car, définitivement, l'être humain ne sait tirer aucune leçon de son Histoire tragique.

    À lire sur le sujet :

    L'affaire du poème d'Amanda Gorman n'a rien à voir avec la traduction

    Partager via Gmail Yahoo! Blogmarks

    votre commentaire
  • Folies maternelles d'une orphelineLa perte de nos parents est dans l'ordre naturel des choses, mais jamais à l'enfance ou à l'adolescence. Seuls ceux qui ont vécu sans l'amour inconditionnel d'une mère peuvent imaginer ce que cela représente. Cet espace vide est là en permanence nous rappelant l'affection que nous n'avons pas reçue, les câlins que nous n'avons pas eus, les moments où nous avons eu besoin d'une épaule pour nous soulager du poids d'une vie qui a commencé cruelle et ne l'avons pas trouvé. Une vie vécue avec le fardeau de la perte.

    Je pense que les sociétés ne devaient pas être divisées en catégories sociales ou professionnelles, mais entre des personnes qui ont grandi avec ou sans une maman. Les gens qui ont grandi sans mère auraient le droit de n'avoir que de professeurs gentils, des patrons sympathiques, des amis sincères. Des mesures qui compenseraient un peu ce déséquilibre. Je défends bec et ongles les droits des handicapés physiques, mais je revendique ici le droit des handicapés émotionnels.

    Plus de quarante ans après cette journée fatidique, je me rends compte aujourd'hui, enfin sereine, que j'ai vécu une vie par défaut, une vie alternative, défectueuse. J'ai vécu une vie en souhaitant secrètement une autre. Pas une vie avec plus d'argent, plus belle ou plus intelligente, mais une vie avec une maman.

    J'ai pu mesurer l'ampleur des dégâts lorsque je suis devenue mère à mon tour. J'ai toujours fait très attention à ce que mes manques ne débordent pas chez mon fils, même s'il était inévitable qu'ils se renversent un peu. Je pense que je me suis plutôt bien sortie, mais c'est dans ma propre folie que les dégâts se manifestent : ils apparaissent dans l'inéluctabilité de penser constamment et d'une manière épuisante à la douleur que mon fils ressentira lorsque je ne serai plus là. Suis-je la seule à penser ainsi ? Y-a-t-il un remède, docteur ? Car même si je me bats contre moi-même pour faire sortir ces pensées néfastes de ma tête, elles reviennent comme un boomerang.

    Parce que ce jour fatalement viendra.

    Quand l'odeur du pop-corn dans la file d'attente du cinéma lui rappellera les après-midi pluvieux lorsque nous regardions ensemble Fast and Furious. Peut-être se souviendra-t-il des matins paresseux où je le réveillais en l'appelant « mon bébé » et qu'il me rejetait, irrité, affirmant son autonomie ? Il se souviendra peut-être des déguisements terriblement moches que j'ai faits pour les fêtes scolaires, en riant de ma propre incompétence manuelle ? Ou alors il ne se souviendra de rien de cela. Mais ce dont je suis absolument sûre, c'est que l'amour profond que je lui ai donné depuis sa naissance laissera des traces indélébiles, car c'est ce même amour que j'ai reçu pendant quatorze petites années qui m'ont comblé et m'ont tenu debout dans ce monde amer.

    Partager via Gmail Yahoo! Blogmarks

    votre commentaire
  • Moi, une blancheJe n'ai jamais raconté à mon amie ou même pas osé en parler faute de preuves, mais j'ai pu confirmer mes soupçons récemment. Elle découvrira ce qui s'était passé en lisant ce billet.

    Il y a quelques années, un joli café a ouvert dans ma ville comme je les aime, avec des canapés colorés, cappuccinos et petits gâteaux, chaleureux et cosy. J'y suis allée quelques fois et j'ai toujours été accueillie avec un large sourire par la propriétaire. Lors de l'un de mes anniversaires, mon amie m'a proposé de prendre un petit déjeuner ensemble et j'ai suggéré cet endroit. Je suis arrivée un peu en avance, j'ai été reçue comme d'habitude, je me suis assise et je l'ai attendue. Elle est arrivée jolie et pimpante, s'est assise également, mais quand la propriétaire est venue prendre notre commande, l'accueil était glacial, extrêmement désagréable. Je me suis sentie très mal à l'aise. J'ai à peine pu avaler mon petit-déjeuner. Mon amie n'a rien remarqué. J'ai regardé les autres tables autour de nous et l'accueil était souriant comme toujours. Je me suis demandé pourquoi nous étions traités de cette façon, en essayant de trouver le détail qui faisait la différence à notre table. J'ai mis du temps à admettre, mais la seule différence visible était la couleur de la peau de mon amie.

    Mes soupçons ont été confirmés récemment en lisant un article sur Trip Advisor à propos de ce café. Au milieu de nombreux commentaires élogieux, il y en avait un extrêmement critique à propos de l'accueil, raconté en détail. La personne était arrivée à la conclusion qu'elle avait été mal reçue parce qu'elle était noire.

    Si j'ai mis du temps à admettre que ce service exécrable était dû au fait que mon amie était noire, ce n'était pas par la naïveté de croire que le racisme n'existe pas, bien au contraire. Après tout, je suis née à Rio de Janeiro, j'ai été témoin d'un racisme ouvert, violent et cruel pendant toutes les vingt-cinq années où j'ai vécu là-bas, mais je voulais avoir des preuves pour ne pas accuser injustement quelqu'un d'un comportement aussi vil. En même temps, observer ouvertement ce racisme subtil et pernicieux m'a poussé à m'interroger. Surtout parce que mon amie n'a même pas remarqué la froideur et dureté avec laquelle nous avons été traitées : pour elle, tout était normal. Je me suis alors dit que c'était peut-être parce qu'un tel traitement n'était pas si inhabituel pour elle. Je me suis dit aussi, avec tristesse, qu'au-delà de la violence ouverte et inhumaine dont les Noirs sont victimes depuis des siècles en Occident, au-delà de la discrimination au travail et policière, ils vivent dans un monde hostile. Moi, une blanche, je ne retourne pas dans les lieux qui m'offrent un tel accueil. Mais quel choix auraient-ils ? Serait-ce celui-là le traitement auquel ils sont confrontés quotidiennement ? Je ne le saurais jamais. 

    La sociologue américaine Robin Diangelo a publié un livre intitulé « La fragilité blanche » dans lequel elle aborde la difficulté que les blancs ont à se présenter à travers une description racialisée, en tant que blancs. Selon elle, cette difficulté vient de loin, elle serait le fruit de la façon dont l'histoire est racontée dans nos sociétés occidentales: « L'histoire blanche est ce qui sert de norme à l'histoire. Ainsi, le fait que nous ayons besoin de préciser que nous parlons de l'histoire des Noirs ou de l'histoire des femmes, suggère que ces domaines-là se situent en dehors de la norme ». En d'autres termes, l'identité blanche consisterait à se considérer comme exempt de la race. La « fragilité blanche » ne serait donc pas une faiblesse en soi, mais, au contraire, un puissant moyen de contrôle racial et de protection des avantages des blancs. Le refus de se penser en tant que Blancs serait, selon cet auteur, un moyen de perpétuer une société qui entretient une réelle inégalité, puisque la blancheur serait associée à la neutralité ou à l'universalité.

    Cette auteure ne suggère pas que les blancs, individuellement, ne rencontrent pas d'obstacles ou de batailles contre lesquels ils doivent se battre, elle déclare simplement que le racisme n'en fait pas partie. Et termine en disant que la première étape vers un changement dans la lutte antiraciste serait que les Blancs se reconnaissent comme blancs, membres d'un système qui fonctionne racialement, admettant les privilèges associés à cette caractéristique. C'est ce que je cherche à faire en écrivant ce billet.

    Livre : White Fragility: Why it's so hard for white people to talk about racism. Robin DiAngelo, Paperback, 2018. 

    Entretien lu dans le magazine L'Obs du 25 juin 2020.

    Partager via Gmail Yahoo! Blogmarks

    votre commentaire
  • Les invisibles essentiels La naïveté de ma pensée lorsque j'étais gamine croyait fermement que les éboueurs et autres professionnels qui exercent des métiers difficiles ou ingrats avaient un excellent salaire. J'étais convaincue que la société, dans son honorable sens de justice, rémunérait correctement ceux qui exerçaient des fonctions et métiers que peu de gens auraient aimé exercer, comme une forme de compensation et reconnaissance. Quelle grande surprise j'ai eu en apprenant la dure réalité des très mauvaises conditions de travail de ces professionnels si essentiels au bon fonctionnement de toute société moderne. Surtout au Brésil, pays où je suis née et vécu les vingt premières années de ma vie. 

    Ce fut un choc ! Je ne me souviens pas l'âge que j'avais lorsque j'ai commencé à comprendre que non seulement ces professionnels étaient mal payés, mais aussi extrêmement socialement et symboliquement dévalorisés, alors qu'ils devaient recevoir tout notre respect et gratitude. La majorité des gens passent sans voir ceux que Ken Loach a appelé " les invisibles " dans son bouleversant film " Bread and Roses " (2000) qui montre le traitement réservé à ces professionnels aux États Unis. Je crois même que celle-là a été ma première révolte sociale, qui s'ajoutera à tellement d'autres le long de ma vie. 

    J'avais encore une croyance profonde dans l'humanité, persuadée que l'objectif de tous était la construction de sociétés plus égalitaires, solidaires, moins injustes. Quelle erreur monumentale ! Le monde devient de moins en moins compréhensible pour moi, où une Kim Kardashian est un modèle pour des millions de petites filles et s'enrichie exponentiellement alors que ceux qui exercent des métiers vitaux et indispensables luttent pour garder un emploi dont le salaire paie mal leurs factures.

    Cette année de 2020, nous vivons une crise sans précédents dans l’ère moderne provoquée par la pandémie du Covid-19. Dans un article sur les leçons à tirer de ce confinement à l'échelle mondiale, la sociologue franco-israélienne Eva Illouz affirme que nous devons notre survie aux hommes et femmes qui travaillent dans les supermarchés, hôpitaux, aux éboueurs, livreurs et à tous ceux qui exercent des professions essentielles, montrant " la vacuité des célébrités et financiers alors que ceux qui occupent ces activités, habituellement invisibles et dévalorisés, se sont révélés être nos piliers ". Elle termine disant que notre monde " normal " fonctionne avec une échelle de valeurs fausse et inversée. 

    Il a donc fallu une catastrophe sanitaire mondial pour que ma pensée enfantine retrouve un soutien concret. La différence entre Eva Illouz et moi réside dans le fait que moi, définitivement, ne crois plus que l'humanité en tirera une quelconque leçon de ce que le grand poète-chanteur Caetano Veloso disait dans sa magnifique chanson Um índio, " que ce qui se révélera aux peuples surprendra à tous par le fait d'avoir été toujours caché alors que c'était une évidence."

     

    Partager via Gmail Yahoo! Blogmarks

    2 commentaires
  • Les petites morts de la vieSi la traduction du mot portugais " luto " en français serait le mot " deuil ", l'utilisation que l'on en fait au Brésil est plus restreinte, ce terme est associé à la perte physique d'un être, alors qu'en France, l'expression " faire le deuil " me semble plus vaste, souvent utilisée en référence à ce qui doit être laissé derrière soi. Elle soutient la sage idée que l'on doit accepter ce qui ne peut pas être changé. 

    Nos vies sont ponctuées de moments merveilleux pendant lesquels nous étions (ou pensions être) heureux, dont certains ne font plus partie de nos vies pour des raisons souvent indépendantes de notre volonté. Nous n'avons pas d'autre choix que d'accepter que ces moments resteront dans le passé et aller de l'avant. Car, même si ces ruptures qui jalonnent nos vies ne sont pas aussi dramatiques que l'irréversible perte physique d'un être cher, elles peuvent aussi être douloureuses.

    J'ai ressenti cet étrange sentiment récemment en tombant par hasard sur des photos de mon fils bébé. C'était comme s'il me manquait beaucoup alors que mon grand garçon était là, en cher et en os, à côté de moi. Théoriquement cet adolescent d'aujourd'hui est le même petit garçon d'il y a dix ans. Mais il n'en est rien : notre relation, la place que j'occupe dans sa vie et la vision qu'il a de moi ne sont absolument pas les mêmes. Je dois alors faire le deuil de ce moment-là et de tout ce qu'il a représenté. Désormais mon rôle consiste à le rendre autonome et indépendant pour qu'il vole de ses propres ailes. C'est le plus grand paradoxe de la maternité : leur donner le meilleur pour qu'ils s'envolent le plus haut possible et très souvent bien loin de nous.

    La vie est ainsi faite et ces changements sont le propre de notre évolution, nous ne sommes pas les mêmes qu'il y a dix ou un an. Pour quoi penser à mon fils bébé m'apporte cette douce amertume ? Je me suis posée plusieurs fois cette question et je crois avoir trouvé une réponse finalement simple et profonde : car nous sommes obligées de dénouer un nœud qui était si agréablement ficelé, nous devons quitter ces parenthèses enchantées dans laquelle l'attachement à notre nourrisson nous avait placé. Cet attachement qui éveille nos instincts les plus sauvages contre lesquels nous luttons dans notre vie sociale devient, avec la maternité, autorisée et même légitimée par la société (contrairement à d'autres formes d'amours). Nous construisons une identité dominée par un amour profond, sans les barrières que nous avons été obligées d'ériger pour vivre dans une société de normes et règles oppressives. Dans cet espace suspendu et provisoire, un petit être sans défense et totalement vulnérable dépend de nous. Nous devons le protéger et le défendre contre les nombreux maux de la vie. Il est très facile de s'habituer à cette libération affective qui éveille des émotions jusqu'alors insoupçonnées, sans autocensure, apprenant à vivre avec une sollicitation constante et le besoin que ce petit être a de notre présence. C'est une période de notre vie dans laquelle nous nous sentons valorisées et aimées comme jamais auparavant, notre rôle y est central, essentiel et même vital. Dans ce court espace de temps nous sommes, enfin, importantes pour quelqu'un, notre ego est quotidiennement nourri dans cette relation qui implique résignation et donation de soi, mais dont le retour est immédiat car il nous est rendu entouré d'une pureté rare.

    Et tout cela s'écroule soudainement, comme cela est arrivé. À l'adolescence, toute cette dévotion si simple de construire, avec nos entrailles, doit être rationnellement déconstruite. Notre rôle est désormais à l'extrême opposé de ce que avions appris à faire jusqu'alors, nous devons maintenant apprendre à ne plus être nécessaire, à leur apprendre à se débrouiller seuls, leur dire qu'ils ne devront plus dépendre de nous et leur montrer qu'ils en sont capables. Une lutte féroce s'installe entre une folle envie de les avoir toujours près de nous, éternellement embrassés comme dans ces premières années submergés dans une affection véritable, et l'inéluctabilité de les rendre indépendants... et libres ! Voici donc la résignation suprême : les aider à quitter le nid et les observer à entrer dans un monde hostile en marchant dans la rue obscure et en prenant avec eux une partie de notre âme. 

     

    Partager via Gmail Yahoo! Blogmarks

    votre commentaire
  • Le sens du " oui "Je ne sais pas très bien pourquoi les mariages m'agacent. Non pas l'institution mariage qui constitue la base sociale de plusieurs sociétés, laquelle je respecte et dans laquelle je me sens bien avec mon chéri. Je crois que ce qui m'exaspère est l'ensemble d'images qui lui est associé, matérialisé dans des cérémonies somptueuses dont le sens me semble s'être égaré dans les méandres du style de vie moderne. À mon avis, l'idéal serait de distinguer les deux comme font les anglophones qui ont un mot pour la cérémonie, wedding, et un autre pour l'institution, marriage. Car, même si je considère excessive l'importance donnée à ce cérémonial, je respecte totalement l'union de deux personnes de n'importe quel sexe et modalité. Après tout, comme disaient Lennon et McCartney, all we need is love. 

    En réfléchissant bien, ce qui me rend furieuse serait plutôt une certaine vision romantique du mariage véhiculée par des films, feuilletons et romans à l'eau de rose dans laquelle la femme apparaît comme l'éternelle demandeuse devant un mâle stoïque. Celle-là même qui, désespérée, se jette pour rattraper le bouquet dans le mariage de ses amies et qui attend, avec une tremblante émotion, la demande de mariage faite par l'homme, viril et suffisant. Cette demande représenterait, dans cette construction imaginaire, l'apogée symbolique du bonheur féminin, une extrême sottise lorsque l'on sait que, objectivement, c'est la femme qui a le plus à perdre dans les modèles encore actuels de la vie à deux, dans lesquels les tâches domestiques sont exercées majoritairement par elle (statistiquement prouvé), cumulant une double journée de travail lorsqu'elle rentre à la maison. Et cette vision chimérique est mystifiée par des fêtes opulentes qui concrétisent la plus belle journée de nos vies, qui, avec ses symboles, s'impose comme le happy end par excellence, un rite de passage à partir duquel les personnages vécurent heureux à jamais. Dans le langage publicitaire, je dirais que c'est de la publicité mensongère. 

    La vie dans toutes les sociétés, modernes et primitives, est ponctuée de rituels qui, dans leur aspect fonctionnaliste, devraient attribuer des significations à la vie sociale. C'est justement ce sens qui me semble être souvent négligé dans les plus diverses manifestations, ce qui pousse les gens à des pratiques mécaniques qui deviennent une forme d'obligation sociale qui n'a rien d'une symbologie rituelle. Le sens attribué à un acte était un sujet récurrent dans mes cours d'anthropologie, et son absence également qui recevait, d'ailleurs, un nom : névrose obsessionnelle, une pathologie psychanalytique que les sciences sociales ont empruntée pour caractériser les comportements que les gens adoptent sans savoir exactement pourquoi.

    Cependant, j'ai récemment fait la découverte d'une donnée historique qui m'a réconcilié avec le rituel du mariage. J'ai appris, avec l'historienne Michelle Perrot, que la cérémonie du mariage s'inscrit dans l'histoire de transformation sociale de la femme, lorsqu'elle cesse d'être objet pour devenir sujet. Ce moment serait, d'ailleurs, l'étape principale de cette métamorphose, grâce au rôle exercé par le christianisme qui, malgré son traditionnel machisme, imposait l'idée que les hommes et les femmes étaient égaux devant Dieu. À partir de là, le consentement des femmes dans le sacrement du mariage a été exigé (XIII siècle). Jusqu'alors, les jeunes filles étaient forcées au mariage avec celui qui leur était imposé pour les raisons les plus diverses (patrimoniale, patronymique, etc.), parmi lesquelles le sentiment n'était évidemment pas un critère considéré, encore moins celui des femmes. Le consentement devient alors nécessaire, elle devrait dire " oui " devant la plus haute autorité, représentée, ces années-là, par les ecclésiastiques, afin de confirmer que leur acte était délibéré. Le consentement féminin a apporté avec lui le mariage par amour, une grande nouveauté historique, conséquence directe de l’avènement de la femme sujet

    Après avoir lu cet entretien il y a quelques jours, la vision que j'avais de cette cérémonie s'est inversée, de traditionnelle et conservatrice elle est devenue moderne et libératrice. Par ignorance historique, je jugeais un rituel négativement lorsque, dans la pratique, sa fonction sociale a été transformatrice. Cela vient confirmer l'importance du sens attribué à nos actes, même - et peut-être surtout - ceux qui se sont automatisés par tous. Au même temps, nous ne pouvons pas nier que, depuis lors, le monde a évolué et, avec lui, les institutions sociales. Je me suis demandée, sans réponse, quel serait le sens attribué à ce cérémoniel aujourd'hui. Pour ce qui me concerne, je n'aime toujours pas les robes de mariée.

     

    Entretien avec Michelle Perrot dans Les Hors Série de L'Obs, " Peut-on échapper à la domination masculine ? " n° 102, juillet 2019.

    Partager via Gmail Yahoo! Blogmarks

    votre commentaire
  • Lévi-Strauss encoreLa semaine dernière j'ai regardé le feel good film Yesterday qui raconte l'histoire de Jack Malik, l'unique être sur Terre à se souvenir des Beatles. Suite à un accident, il se réveille dans un monde où ce groupe n'avait jamais existé, ses chansons n'étaient pas connues et...bon, je ne raconterai pas plus pour ne pas gâcher la fin. Dans une suite logique, tout ce qui était directement lié à l'existence des Beatles n'existait pas non plus. 

    Je me suis alors adonnée à imaginer le monde actuel sans l'existence de certains grands personnages que j'admire. Et comme je venais juste de finir - au bout de trois ans ! - le livre Lévi-Strauss d'Emmanuelle Loyer, j'ai pratiqué cet exercice sur lui. Comment envisager l'anthropologie sans les études américanistes dont Lévi-Strauss a été l'un des précurseurs ? Sans le choque provoqué par le renversement du regard porté sur la place des sociétés occidentales dans le monde manifeste dans une vision hiérarchique qui voulait que toutes les sociétés suivent une trajectoire évolutionniste commune au bout de laquelle le modèle occidental serait le Graal, plaçant toutes les autres dans un anachronisme permanent ? Comment penser aux recherches ethnologiques sans avoir à l'esprit l'importance de l'établissement du regard éloigné et des théories structuralistes ? La liste de sa contribution est longue, d'autant qu'elle ne se limite pas aux apports théoriques, mais aussi institutionnels avec la création du Laboratoire d'Anthropologie Sociale.

    Cependant, aujourd'hui c'est à Emmanuelle Loyer que je souhaiterais rendre hommage pour son livre et la gigantesque recherche effectuée pour l'écrire. A travers la biographie de Lévi-Strauss, c'est l'Histoire de l'anthropologie qu'elle retrace. Elle décrit avec détails les débuts du jeune professeur dont la trajectoire est inéluctablement influencée par l'Histoire avec un grand H, en particulier celle des juifs dans les années 1930, qui l'a mené au Brésil, tournant décisif dans sa vie, et ensuite aux États-Unis, qui aura aussi une importance capitale pour l'ampleur qu'adopteront ses travaux dans le monde anglo-saxon et leur rayonnement international. L'auteure raconte aussi les coulisses de sa nomination au Collège de France, les querelles d'ego, les rivalités personnelles et surtout, ce qui m'a le plus impressionné, elle expose les théories de chacun de ses livres ainsi que les contre-théories et les polémiques qui en ont découlé au moment de leur parution. Elle contextualise chaque moment de son existence tout au long d'une chronologie ponctuée d'inévitables allers-retours. C'est comme si, dans son livre, Emmanuelle Loyer humanisait le monument Lévi-Strauss et patrimonialisait l'homme. 

    Lorsque j'ai fait mes études d'ethnologie à l'Université Lumière Lyon 2, j'avais assimilé l'importance de la contribution de Lévi-Strauss, mais je ne l'imaginais pas aussi fondamentale et fondatrice. A travers ce livre, j'ai compris combien sa pensée a été novatrice, admirée mais aussi critiquée, et j'aimerais affirmer, de mon propre gré, qu'elle a été d'une extrême lucidité prémonitoire à voir l'état du monde. Les trois ans nécessaires pour la lecture de Lévi-Strauss sont dus à sa densité et à l'envie qu'il éveille de lire ou relire certains de ses textes pour vérifier un détail qui m'aurait échappé ou quelque chose j'avais compris autrement. Je me suis replongée dans mes études ethnologiques en regrettant qu'Emmanuelle Loyer ne l'ait pas écrit une vingtaine d'années auparavant, car il est certain que j'aurais été moins perdue dans les cours magistraux du Professeur Verdier.  

    Lévi-Strauss, par Emmanuelle Loyer, Flammarion, 2015.

    Obs.: J'avais déjà rédigé un petit billet en 2016 lorsque j'avais commencé à lire ce livre : Lévi-Strauss, le 4 février 2016.

     

    Partager via Gmail Yahoo! Blogmarks

    votre commentaire
  • La binarité brésilienneJ’ai toujours aimé les films français bien avant que je ne m’installe en France. Lorsque j’habitais à Rio, je cherchais les petites salles qui les projetaient, en général dans les Alliances Françaises ou dans les petits cinémas cultes comme l’Estação Botafogo. Je me souviens qu’il était difficile d’avoir de la compagnie, certains de mes compatriotes estimaient que les films français semblaient ne pas avoir une vraie fin et que la morale de l’histoire n’était pas très claire. Je pense encore aujourd’hui que cette difficulté de lecture d’un film français de leur part est due au fait qu’ils ne savent pas pour qui « supporter », car, dans le cinéma français, il n’y a pas forcément un gentil et un méchant, un bandit et un héros. Il reflète souvent la vie réelle dans laquelle nous, des misérables humains, avons des qualités et des défauts, des faiblesses et des grandeurs d’âme. De ce côté-ci de l’Atlantique, on sait que la vision simpliste et manichéiste du monde dans laquelle le bien et le mal sont dûment identifiés ne se manifeste pas aussi simplement dans notre composite réalité, on accepte que la nature humaine soit imparfaite, les personnages de fiction y sont montrés dans leur complexité, avec des nuances, questionnements et doutes propres à la nature humaine. Une même personne peut exercer des actions nobles et avoir des moments de mesquinerie ; elle peut être perçue par un ami comme une amie généreuse, mas par son patron comme incompétente ; par son conjoint comme une amante libérale, mas par ses enfants comme autoritaire. Personne n’est totalement bon ou totalement mauvais, tout cela dépend du moment, de la perspective, du contexte ou de la situation. Et cela comprend aussi les positionnements devant la diversité de conjonctures politiques.

    Comme par exemple, celui du président français Emmanuel Macron devant le mouvement des gilets jaunes, inédit dans l’Histoire du pays dû à l'absence d'un interlocuteur privilégié et de revendications claires. Ce mouvement révèle une profonde insatisfaction sociale qui va bien au-delà des mesures prises par l'actuel gouvernement car, selon certains, il mettrait en cause le système économico-financier dans son ensemble, ce qui dépasse les frontières nationales. Il a pourtant engendré des manifestations violentes avec une importante détérioration du patrimoine et des blessés. Mais il n’empêche que, dans mon regard d'observatrice brésilienne et quoi qu'en disent mes amis de gauche, le discours du président, mais aussi celui de la population en général, présente une distinction lucide entre ceux qui revendiquent des mesures justes pour une meilleure qualité de vie et ceux qui utilisent la violence comme expression.  

    Si je tiens à parler de cette vision cartésienne qui peut paraître une évidence pour un citoyen français, c’est parce que les choses ne sont pas du tout comme ça au Brésil. C’est un fait incontestable que la société brésilienne soit divisée en deux grands groupes depuis les dernières élections présidentielles : les pour et les contre le président Bolsonaro. La fissure est nette. Nous savons tous que c’est le propre de la démocratie de manifester son soutient à des candidats différents. Ce qui l’est un peu moins, c’est la perpétuation de cette division aujourd'hui encore, sans modulations, sans distance, sans nuance. Or, tous les citoyens brésiliens devraient être ensemble, pour ou contre les mesures adoptées par le gouvernement actuel, indépendamment du choix de vote de chacun. La logique sociale voudrait que nous soyons tous réunis en faveur d'objectifs communs car, pour parler vulgairement, nous sommes tous dans le même bateau troué qui est en train de couler. Le fait d’avoir voté pour l’actuel président ou pas ne devrait pas changer l’idée que les mesures adoptées par son gouvernement devraient être analysées ayant pour fondement le bénéfice qu’elle devrait apporter à l’ensemble de la société. Mais il n'en est rien. On observe une dichotomie de la société sans graduations, sans médiation, qui révèle la binarité culturelle dominante dans la société brésilienne.

    Dans le système de pensée binaire qui prédomine au Brésil, il faut choisir son camp, identifier le bandit et le héros, le gentil et le méchant, sans lesquels on ne sait pas qui « supporter ». Il a été alors décidé, pour une catégorie de brésiliens, que le bandit était le gouvernement précédent et, par conséquent, tout ce qu’a été fait pendant toutes ces années-là doit être invalidé, les erreurs mais aussi les mesures justes. Ils ont jeté le bébé avec l’eau du bain. Il n’y a pas de distinction entre ce qu’a été fait de positif pour le pays, il n’y a aucune considération des données statistiques prouvées y compris par des organismes internationaux non partisans, il n’y a pas d’analyse des faits. Ce même comportement s’exprime également pour accepter tout ce qui est fait par l’actuel président, sans regard critique des conséquences de certaines mesures, sans chercher à savoir quelle catégorie sociale en sera bénéficié et quelle autre sortira perdante.

    Dans la continuité de ce raisonnement, la politique est discutée comme l’on discute un match de foot, avec émotion et passion. On oublie que l’on n’est pas " supporteur ” d’un gouvernement, attitude manifestée dans la phrase maintes fois dite : " croisons les doigts pour que ça marche » - qui sous-entend la passivité et la soumission des citoyens devant les actions présidentielles, leur acceptation sans opposition. On ne « supporte » pas un gouvernement comme si l’on était dans un match du Paris Saint Germain dont le résultat dépend exclusivement des joueurs. Dans le jeu politique, l’électeur citoyen a un rôle actif et doit influencer le résultat final. Concevoir la politique comme si le citoyen avait un simple rôle d’observateur amateur comme un supporteur de foot annule l'idée que l’instauration d’un état démocratique est le fruit de la rationalité politique.

    Aucun gouvernement ne sera jamais parfait, aucun gouvernement ne plaira jamais à toutes les catégories sociales. Cependant, l’établissement d’une société moderne est fondé sur la primauté du bien commun qui doit se placer impérativement au-dessus des intérêts personnels et privés dans n’importe quel gouvernement sous forme d'Etat, quel que soit son orientation idéologique. Chers compatriotes, analysons les faits, les mesures et surtout leurs conséquences au-delà des intentions annoncées, au-delà des discours. La lecture du monde politique doit chercher la pointe non visible de l’iceberg.

    Partager via Gmail Yahoo! Blogmarks

    votre commentaire
  • Les limites de mon féminismeEntre Montpellier et Lançon de Provence, seule, dans ma voiture, sous un magnifique soleil d'été. Je viens juste de laisser mon fils chez ses grands-parents.  

    En dix-huit ans de vie commune et quinze ans de maternité, j'avais perdu l'habitude de choisir, sans consultation préalable, sans discussion ou négociation, la prochaine destination ou le chemin à prendre pour l'atteindre. J'ai donc décidé, unilatéralement, de prendre les petites routes provençales, plus longues, afin d'admirer les cyprès, les champs de lavande typiques de la région et ouvrir les fenêtres pour laisser entrer le chant des cigales. Ce trajet n'aurait très probablement pas été choisi majoritairement si la famille était au complet. 

    Suite à une année difficile marquée par un deuil douloureux, j'avais besoin de changer d'air pour protéger ma santé mentale. Dès que les vacances scolaires ont commencé, je suis descendue vers la Provence, mon petit paradis terrestre, où je resterai quelques semaines avant l'arrivée de mon mari.

    Mes rêveries ont été interrompues par le souvenir qu'il fallait que je remplisse mon frigo. Je me suis arrêtée au premier magasin retrouvé sur la route. Là, au milieu des rayons plein des produits les plus divers, des pâtés, tapenades, aïolis, vins et fromages, j'ai eu un grand moment d'hésitation : je ne me souvenais plus très bien qu'est-ce que j'aimais vraiment. Cela faisait tellement longtemps que je priorisais les goûts et les envies de mon fils et de mon mari, c'était assez insolite de me laisser aller, comme ça, mollement, par mon unique et intime désir gastronomique. Je me sentais presque coupable. J'ai pris quelques saucissons, des olives farcies, un bon pain et quelques bières. Des valeurs sûres. Je suis sortie du magasin fière, en regardant quand même autour de moi, craignant d'être prise en flagrant délit. 

    Je ne peux pas nier que mon cœur était serré lorsque j'ai laissé mon mari en Alsace et mon fils à Montpellier. Je suis partie en traînant des pieds. Cependant, ce moment de solitude se révèle fécond, puisque je me consens une reconnexion avec moi même, avec mes goûts et désirs les plus banaux, très souvent noyés dans une forme d'altruisme féminin inconsciemment implicite dans nos rôles d'épouse et de mère. C'est comme si une forme de donation progressive s'installait furtivement, si une annulation de soi s'introduisait imperceptiblement mais doucement, car elle est compensée par un amour inconditionnel, aveuglant et immense ! 

    Peut-être tout cela explique cet étrange sentiment, un mélange de mélancolie et fierté d'avoir vaincu mon pire ennemi - moi - et décidé de vivre ce moment de rencontre avec moi-même, dont je prends conscience seulement là, en train de conduire ma voiture, seule, entre Montpellier et Lançon sous un magnifique soleil d'été. Soudainement, pour un court instant, je me suis sentie féministe à nouveau, comme je l'étais dans un passé pas si lointain. 

    Je suis arrivée à ma destination, pris une douche et, heureuse, je suis allée me coucher. Mais voici qu'un insecte répugnant avait décidé, sans me consulter, de me faire compagnie. Ma première réaction a été de courir, mais je n'avais nulle part où aller, je n'avais d'autre choix que de l'affronter. Commençons donc cet infâme bataille une fois pour toutes ! J'ai pris un bout de papier et, bravement, j'ai essayé de le ramasser avec la noble intention de le jeter dans le jardin. En ces temps sombres de changement climatique et d'extermination du monde animal, j'essaie de garder vivant même les insectes les plus répugnants, nécessaires, eux aussi, à la biodiversité. L’affreuse bête a été réactive et plus maline que moi, elle s'est dépêchée vite s'abriter sous le lit. Vaincue, j'ai pris mon oreiller, fermé la porte de la chambre et suis allée dormir dans le canapé du salon. Un zéro pour le Forficula auricularia. Le lendemain, j'ai demandé de l'aide au propriétaire de la maison que je loue. Et ce fut ainsi que j'ai découvert, perplexe, que les limites de mon féminisme adoptaient les formes d'un vulgaire perce-oreilles. 

    Partager via Gmail Yahoo! Blogmarks

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique